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Cameroun; (Cardinal Christian Tumi) Dieu demandera à Paul Biya: «Qu’avez-vous fait du pouvoir que je vous ai confié?»

Posté par sdu le 27 octobre 2011

 Yaoundé – 25 Octobre 2011
© Jean Claude Fogno | L’Actu

Alors qu’il a soufflé sur sa 81e bougie le 15 octobre dernier, Mgr Tumi refuse toujours de se taire. Le célèbre prélat exprime ici sa profonde déception par rapport au scrutin présidentiel du 9 octobre dernier au Cameroun, tout en s’insurgeant contre le recours à la violence et à la communauté internationale

Alors qu’il a soufflé sur sa 81e bougie le 15 octobre dernier, Mgr Tumi refuse toujours de se taire. Il se situe résolument dans le sillage de ce qu’Alain Didier Olinga soulignait dans son livre Propos sur l’inertie paru en 2009 : «L’état de notre société actuelle accule l’intellectuel, au sens propre du terme, au moins à la parole éclairante». Le célèbre prélat, auteur de l’essai Les deux régimes politiques d’Ahmadou Ahidjo, de Paul Biya et Christian Tumi, a bien voulu se confier à L’Actu. Il exprime ici sa profonde déception par rapport au scrutin présidentiel du 9 octobre dernier au Cameroun, tout en s’insurgeant contre le recours à la violence et à la communauté internationale et en mettant en garde le régime en place contre le tribalisme et les manœuvres anticonstitutionnelles de succession.

Paul Biya a ignoré votre souhait de le voir quitter le pouvoir. Voyez-vous en lui un pouvoiriste ou un chef d’Etat pris en otage par certaines puissances qu’il ne maitrise pas?

Je ne le prends pas pour quoi que ce soit. J’ai dit que si j’étais Biya je ne serai pas candidat à la présidence de la République. Mais, si son parti le propose aux Camerounais et que par une élection véritablement transparente, ceux-ci l’acceptent comme président, ce n’est pas un problème pour moi.

Croyez-vous à cette litanie d’appel du peuple?

Non, je ne crois pas à ce genre de chose. C’est quelques élites qui s’enferment pour rédiger ces motions d’appel à candidatures et de soutien. A mon avis, cela pose un problème moral.

Qu’est-ce qui justifie cet entêtement du régime, les jeux d’intérêt ou la peur des lendemains?

Je ne peux pas lire sa pensée. Après 30 ans, il aurait dû quitter. Quelqu’un d’autre peut faire la même chose mais d’une autre manière. L’essentiel, c’est le développement du pays avec une approche différente.

Continuez-vous d’affirmer que depuis 30 ans, il n’y a pas eu d’élections au Cameroun?

C’est depuis 50 ans. Depuis l’indépendance. Même au temps de parti unique, il n’y a jamais eu d’élections au Cameroun parce qu’on proclamait les résultats avant même de faire les décomptes. Le règne Biya se situe dans la même logique. Je croyais que ces élections du 9 octobre dernier pouvaient être un peu transparentes et acceptables, mais je suis déçu.

Ce scrutin a mobilisé 23 candidats. Qu’est-ce qui explique cette course à la magistrature suprême?

23 candidats ne sont pas beaucoup. Nous avons plus de 200 partis politiques (Ndlr: 260) et chaque parti a la possibilité de désigner son candidat. Je m’attendais à au moins 200 candidats. Dans un pays sérieux, une bonne culture démocratique se voit avec trois ou quatre partis politiques. Vous allez voir après la proclamation de résultats que seulement trois ou quatre formations politiques vont émerger du lot.

Pourquoi êtes vous resté sourd à l’appel du peuple (le vrai) appuyé par plusieurs formations politiques qui étaient transpercées par l’espoir de vous voir provoquer enfin une vraie alternance au sommet de l’Etat cette année?

Je ne m’intéresse pas à la vie politique de mon pays. Je dis à mes chrétiens que si j’étais un laïc, soit je fonderais un parti politique, soit je militerais clans un parti de mon choix. Dans l’église catholique, le pasteur ne doit pas militer de peur de voir le peuple de Dieu divisé.

Si j’étais laïc, je ne sais pas si les gens vont courir chez moi comme ils le font maintenant avec mon statut de pasteur. Quand j’étais ordonné prêtre en 1966, j’ai décidé de ne jamais participer à une activité politique et je ne l’ai jamais fait jusqu’à nos jours. Si les partis politiques organisent leurs réunions et m’invitent, je pourrais y assister sans prendre parole et sans me prononcer. Ce n’est pas ma vocation.

Cette prise de position n’entre-elle pas en contradiction avec votre soutien à l’Offre Orange en tant que préfacier de l’ouvrage de Hilaire Kamga qui dénote clairement les options de prise de pouvoir au Cameroun?

Je peux préfacer n’importe quel livre. Je ne le proposais pas candidat à la magistrature suprême. Je viens de préfacer le livre d’un autre jeune Camerounais. Surtout qu’on ne reprend que ce que l’auteur a dit j’ai eu le temps de lire le livre de Kamga et c’est un jeune dynamique qui a des ambitions et des idées pour son pays. Je comprends mon Cameroun où les gens ne sont pas habitués à analyser les choses comme il se doit. C’est alors que le pouvoir a sa vérité et l’opposition a la sienne ainsi que l’homme du quartier.

Est-ce que vous soutenez l’idéologie de prise de pouvoir de l’Offre Orange?

Dans la paix oui! La paix et encore la paix. Pas de violence. C’est çà la vraie démocratie et je l’encourage sur cette voie.

L’Offre Orange, malgré son déploiement sur le terrain est restée complètement en marge du processus électoral en cours en invoquant l’absence des garanties minimales de transparence. Ce désaveu émane-t- il de vous?

Pas du tout. Non, depuis que j’ai préfacé son livre, la suite de ses stratégies ne m’intéresse plus. Pour ce qui est de ses options électorales, on n’en a pas discuté.

La campagne électorale est restée morose et en deçà des attentes. Qu’est-ce qui explique selon vous ce désintérêt des Camerounais pour la chose politique?

C’est vrai. A chaque fois qu’il y a élection dans ce pays, nous indiquons aux fidèles de l’église catholique l’importance de participer à la vie politique qui est un devoir pour tout chrétien. C’est l’homme qui est la difficulté. A cause de sa liberté, il peut décider de faire le mal. Donc l’homme utilise mal les choses de Dieu, c’est-à-dire la gestion de la cité.

Plusieurs candidats de l’opposition en lice ont, à plusieurs reprises, avancé l’absence des moyens financiers et le déblocage très tardif du financement public. Cette jérémiade vous parait-elle crédible, justifiée?

C’est bien crédible parce qu’ils ne peuvent rien faire sans argent. Mais, si vous demandez mon avis, je dirai qu’il ne faut pas donner l’argent à qui que ce soit de l’opposition ou du parti au pouvoir. Que chacun se débrouille. Si vous n’avez pas les moyens, il ne faut pas faire de la politique. Vous avez vu ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec Obama qui a refusé l’argent de l’Etat. Il a lancé une quête pour financer sa campagne. Il faut que ceux qui soutiennent le parti cotisent. L’Etat ne doit pas leur donner de l’argent. Si vous n’avez pas de l’argent pour voyager du nord au sud, de l’ouest à l’est, il ne faut pas faire la politique. Vous ne pouvez pas créer votre structure et attendre que l’Etat finance. Mais bien sûr, si on doit financer, il faut que ce soit à égalité. Le parti au pouvoir a toujours eu plus de moyens parce qu’il mobilise l’Etat en sa faveur. Ce qui n’est pas juste. Avec les élections, le RDPC a mobilisé les gouverneurs, les préfets, les sous-préfets, les maires, les directeurs, les grands commerçants, tout le monde y compris les moyens de l’Etat étaient derrière le RDPC. C’est cela qui n’est pas bien.

Quelle lecture faites- vous du déroulement de ce scrutin?

Les partis d’opposition n’avaient pas les moyens de leur politique. Je n’ai pas vu les affiches dans une grande ville comme Douala en dehors des posters de Paul Biya. Ce n’est pas normal. Donc, la campagne n’était pas équilibrée. Tout le monde n’avait pas les mêmes moyens pour faire connaitre aux Camerounais sa philosophie de vie, son projet de société parce qu’il s’agit de cela.

Êtes-vous de l’avis de l’opposition, appuyée par la presse qui estime que l’élection a été tout sauf démocratique?

Non, c’était démocratique. Qu’est-ce que la démocratie, c’est la liberté de faire votre choix. J’ai choisi librement mon candidat. C’est cela la démocratie.

Mais, l’organisation était catastrophique. La distribution des cartes laissait beaucoup à désirer. On vient d’assister à une mauvaise et bancale élection. Ce qui est intolérable pour le Cameroun.

Beaucoup de gens qui voulaient voter n’ont pas eu de cartes. Ici à la cathédrale où j’ai voté, nous avons commencé à 10h. Les gens sont arrivés tôt, mais il n’y avait personne. Certains bureaux de vote ont ouvert à 16h. S’il y avait beaucoup de gens, est-ce qu’ils pouvaient voter en deux heures avant la clôture. C’était une véritable catastrophe. Pour cela, il n’y a pas d’excuse. On dit qu’Elecam est une jeune structure, ce n’est pas une raison. On aurait dû leur donner du temps. Eux-mêmes devaient dire au Président qu’ils ne sont pas prêts. Il faut avoir le courage de le dire sans avoir peur. Les gens avaient plusieurs cartes. Moi, j’en avais deux. Si je voulais voter deux fois, j’allais le faire sans la moindre difficulté, sans contrôle. Nous sommes tellement en retard. Ne pouvons-nous pas utiliser la technologie moderne pour savoir qui a déjà voté ou pas ? Au Nigeria, mon fils, en trois semaines, ils ont enregistré 70 millions d’électeurs.

Comment comprendre le satisfecit des observateurs internationaux tels que l’Union Africaine, la Francophonie alors que de nombreuses irrégularités ont été observées?

C’est une complicité avec le régime. Ils n’ont rien observé à mon avis. Il fallait aller dans le pays profond. Ils ont fait du tourisme dans des voitures de luxe. L’Église a déployé une cinquantaine d’observateurs indépendants sur le terrain. Nous pouvons dire que tout s’est passé dans la paix. Mais combien ont voté ? Il leur fallait aller dans les bureaux de vote éloignés pour voir.

Remettez-vous en cause leur satisfaction?

Oui, C’est une satisfaction extérieure, c’est-à-dire que dans l’ensemble tout s’est passé dans la paix. Nous sommes tous d’accord sur ce point là. Mais, l’organisation a été un échec total. L’encre n’était pas indélébile entre autres ratés. Beaucoup ont voté plusieurs fois. Je pouvais voter ici à l’école St Jean Bosco de la Cathédrale et aller ensuite, sans qu’il y ait le moindre contrôle, voter au lycée d’Akwa avec mes deux cartes d’électeur. C’est une honte !

Peut-on alors parler de l’assassinat de la démocratie ou une démocratie à la camerounaise?

Ce sont des gros mots. Je peux parler de l’ignorance. Je n’aime pas juger les autres comme Dieu a demandé. Chacun va tirer les conséquences de cette navigation à vue, de la gravité des choses. C’est triste. Je dois à mon niveau me poser des questions pourquoi ne pouvait-on pas faire mieux pour distribuer les cartes quelques jours avant les élections au lieu de les entasser dans les bureaux de vote? Est-ce qu’il s’agit d’une malédiction ? Eux-mêmes, les cadres d’Elecam vont tirer toutes les leçons qui s’imposent.

Elecam a-t-il réussi son pari eu égard à l’autosatisfaction de son président Fonkam Azu’u?

C’est un échec! Je dis ce que je pense. L’essentiel, c’est la liste électorale. Il faut que les gens aient leurs cartes et qu’ils n’aient pas les doubles encore moins la possibilité de voter deux, trois ou quatre fois. Il ne peut dire qu’ils ont réussi. Qu’il accepte l’échec et les erreurs ! Maintenant, mon Dieu, l’affaire des cartes était très grave. Pourtant, c’est essentiel, car c’est avec cette carte que j’exprime mon opinion pour ceux qui veulent gouverner le pays. C’est primordial. Ce n’est pas ce qu’ils font dans les bureaux qui compte. C’est le terrain qui est prioritaire.

«Il faudrait que le président Biya aille de temps en temps voir ce qui se passe sur le terrain et qu’il ne se confine pas dans son palais pour se faire tromper»

En réaction à une accusation de partialité, Elecam a sacrifié un de ses membres issus de la société civile, Pauline Biyong pour prise d’intérêt illégale. Peut-on encore faire confiance à cet organe pour la gestion des élections?

Elecam est en train de mettre en pratique ses lois. Sur ce plan, on peut leur faire confiance. Même si c’est le Président qui prend le décret, c’est Elecam qui décide. C’est pourtant une femme que j’aime beaucoup quand elle s’exprime à la télé lors des débats. J’aime l’écouter parce qu’elle a des idées, une bonne connaissance de l’Afrique. C’est dommage. C’est une femme brillante.

Le fait que des milliers de Camerounais aient été privés injustement du droit de vote n’est-il pas de nature à remettre en cause la crédibilité du scrutin?

Si nous étions dans d’autres pays, un certain taux de participation est requis pour la validation de l’élection. Chez nous, même si 10% de personnes participe, on va valider le scrutin. Nous faisons les choses encore de manière archaïque. On me parle de dix milliards FCFA qui ont été dépensés pour organiser ces élections alors que la population croupit dans la misère. C’est beaucoup: Quand je pense encore au Nigéria où on a déjà recensé 75 millions d’inscrits, cela m’écœure.

Malgré le recours au processus électoral, le mal camerounais serait resté intact. Faut-il se retourner vers la communauté internationale?

Non! Si nous ne faisons rien, personne ne le fera à notre place. Vous voyez ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Notre démocratie est balbutiante certes, mais on va redresser les choses petit à petit. C’est notre façon de gouverner. Partout où les Etats-Unis sont passés, ils ont échoué comme au Vietnam, en Irak. C’est pareil en Egypte et en Libye où on croyait que c’était une affaire de quelques semaines. Quand c’est dur, c’est les morts: Qu’ils nous laissent avec notre démocratie balbutiante!

Une vingtaine de recours en annulation totale ou partielle des élections a été introduite auprès du conseil constitutionnel par l’opposition comme c’est le cas depuis 1992. Que pouvait-on attendre de cette auguste chambre?

C’est difficile parce que les trois pouvoirs ne sont pas séparés au Cameroun. Tout reste dicté par l’exécutif qui contrôle les pouvoirs judicaire et législatif. A se demander pourquoi c’est Paul Biya qui doit décider à sa guise et selon ses humeurs de ces gens qu’on arrête tous les jours. Il y a un réel problème. C’est pourquoi nous n’avons pas confiance en cette justice. Les évêques, au cours de leur conclave à Bertoua, avaient demandé qu’il y ait séparation des pouvoirs. Mais cela n’a jamais été suivi.

Tout le monde, opposition et pouvoir, parle de l’impératif de la paix. Au delà des incantations, comment construire une paix durable dans un pays ou les frustrations continuent de s’enfler au quotidien?

Nous pensons toujours à cet aspect de l’absence de la guerre où les gens souffrent, où la misère est rampante. Vous voyez que dans la guerre, il y a des morts, des enfants, des femmes enceintes, etc. Ce sont ces frustrations quotidiennes qui préparent la guerre. Quand l’homme n’est pas content intérieurement, il y a problème. L’affrontement physique est l’expression du mécontentement et c’est pourquoi le pouvoir doit beaucoup faire attention. Un père de famille qui ne peut pas envoyer son enfant à l’hôpital, à l’école, est-ce qu’il est en paix ? Est-ce qu’une famille dans laquelle les enfants ne mangent pas à leur faim est en paix ? C’est très difficile. C’est pourquoi il faudrait que le pouvoir fasse tout pour construire le minimum pour une paix véritable afin d’éviter un embrasement général.

Faut-il envisager à court terme une commission vérité et réconciliation présidée par une personnalité de votre trempe comme le souhaitent beaucoup de Camerounais ?

Il n’y a pas de conflit entre nous. Prenons l’Afrique du Sud, c’était une affaire d’apartheid. En Côte d’ivoire, la guerre a créé les tensions entre les frères et sœurs. Chez nous, il n’y a pas cette situation. Nous n’en avons pas besoin au Cameroun…

Est-ce qu’il ne faudrait pas réconcilier les Camerounais entre eux au vu du degré de frustrations et d’injustice sociale?

Non, nous avions demandé depuis qu’il y ait les états généraux sectoriels, c’est-à-dire que les gens se retrouvent par secteur d’activités pour reposer les bases solides. Les états généraux des médecins, de l’éducation, de l’armée, de la justice, de l’agriculture, de l’élevage pour redéfinir une politique solide. Mais dans notre pays, on foule au pied des propositions alors que c’est cela qu’il nous faut.

Plusieurs mouvements armés sont signalés à l’instar de l’armée de libération du peuple camerounais du Pasteur Bertin kisob, le Conseil révolutionnaire pour la Libération du Cameroun de Lamine et l’Armée de libération du Cameroun du Chief Mila Assoute. Ne s’achemine-t-on pas vers le scenario du chaos tel que vécu ailleurs?

Bertin Kisob a créé une église comme en Ouganda. Il faut être à l’intérieur du pays. De l’extérieur, on ne peut rien, on ne connait pas les réalités quotidiennes. J’ai lu le livre de Mongo Beti, «Main basse sur le Cameroun», j’étais étudiant en Suisse. Il était en France, il ne voulait pas vivre au pays.

Pour ce qui est de la logique du chaos, les Camerounais ont rejeté cela. C’est difficile de mobiliser les Camerounais pour une telle cause. En ma qualité de pasteur, les gens viennent me voir tous les jours, mais personne ne prône la violence. Le monde était divisé en deux blocs. L’ex-URSS d’un côté et les Etats-Unis de l’autre. Maintenant, il y a une uni-polarisation du monde avec la fin de la guerre froide. Il faut avoir les moyens militaires pour lutter contre le pouvoir en place. Ces puissances là sont en dialogue avec le pouvoir notamment la Russie, la Chine.

Cette logique insurrectionnelle au nom de la libération du peuple camerounais se justifie-t-elle pour l’homme de Dieu que vous êtes au moment où toutes les issues semblent bloquées?

On ne peut pas affirmer catégoriquement que toutes les voies sont bloquées. C’est vrai que l’Eglise catholique enseigne dans les Saintes Ecritures que le peuple dans son ensemble peut prendre les armes contre un dictateur. Mais, il y a des conditions à remplir. Je ne pense pas que ces conditions sont remplies au Cameroun, mais il faut que le pouvoir fasse attention. Je l’ai évoqué dans mon dernier ouvrage. En temps moderne, il y a d’autres moyens comme le dialogue, la pression.

Est-ce dans cette logique que l’homme de Dieu, le pasteur Kisob, veut prendre les armes pour «libérer le peuple de Dieu»?

Non, il ne peut pas. Il veut seulement créer les problèmes. Il n’aura pas les Camerounais avec lui. Bien sûr s’il a l’argent, il peut avoir quelques chômeurs avec lui. Il faut des moyens énormes. Vous aurez le monde contre vous. Le monde entier aujourd’hui veut la paix. Personne ne peut vous soutenir comme au temps du communisme ou des antagonismes entre les deux blocs.

Comment entrevoyez-vous l’après élection au Cameroun?

On va continuer comment avant…

Ne craignez-vous pas une implosion sociale comme en 2008?

Non, je ne crois pas. Les gens dans leur majorité n’aiment pas la guerre. Moi, je préfère que nous fonctionnions avec nos faiblesses. Au lieu de provoquer une situation où personne ne sera épargné, ni les élèves, ni les travailleurs, ni les personnes du troisième âge. Nous sommes mieux placés que les autres avec l’Université catholique où nos enfants sont nombreux. Notre stabilité est enviée par les autres.

Reste que plusieurs personnes dont le mandataire de l’Offre Orange, Hilaire Kamga sont inquiètes pour leur sécurité dans la perspective de l’insurrection prônée par les uns et les autres. Ne craignez-vous pas un durcissement du régime au lendemain de la proclamation de sa victoire?

Le régime en place a peur de l’opinion internationale. Il ne peut pas faire n’importe quoi. La communauté internationale garde un œil ouvert sur le Cameroun. Souvent, ceux qui provoquent les problèmes crient à tort qu’ils sont dans leur droit, mais les choses ne seront plus les mêmes comme avant. Le régime doit promouvoir les libertés individuelles et politiques.

Comment parler de la restauration des valeurs, de la remise du pays à neuf telle que préconisée dans votre dernier ouvrage alors qu’au quotidien, c’est la lutte permanente pour la survie?

C’est vrai que c’est difficile. Mais nous préconisons la foi. En créant l’homme, Dieu a imposé dans le cœur de chacun des lois. La mission fondamentale de la vie est de chercher toujours à faire le bien partout. C’est la loi fondamentale. C’est le fondement de mon ouvrage «Ma foi, un pays à remettre à neuf». On ne peut pas gouverner le peuple de Dieu sans la crainte de Dieu. On ne peut pas développer les choses que Dieu a créées sans Dieu. Les ministres, les responsables de ce pays auront à rendre compte à Dieu. Il faut que nous soyons conséquents dans nos actes. Dieu demandera à Paul Biya: «Comment avez vous gouverné mon pays? Qu’avez-vous fait du pouvoir que je vous ai confié?». Tous les pouvoirs viennent de Dieu.

On parle de plus en plus de la succession de Paul Biya avec les manœuvres de Franck Biya ou d’un délai de grâce de deux ans accordé par les puissances occidentales. Ce scenario vous parait-il crédible pour la sauvegarde de la paix?

C’est contre la démocratie. La jeunesse n’acceptera pas ça. Il ne peut pas désigner quelqu’un avant de partir. C’est inadmissible! C’est la constitution qui doit être appliquée à son départ du pouvoir. Il peut faire la campagne dans son parti pour désigner quelqu’un comme les socialistes l’ont fait en France. Quand il y a les élections pour la succession, chaque parti présente son candidat et le peule camerounais décide. Quand on voit les choses comme cela, ça m’énerve.

Le vice-premier ministre Ahmadou Ali a déclaré (selon Wikileaks) que le pouvoir va revenir au Nord après le départ de Paul Biya. Le renforcement de l’axe Nord-Sud qui se dessine avec le désistement des leaders politiques du grand nord au profit d’un sudiste ne semble-t-il pas vous inquiéter?

C’est stupide! C’est Vraiment dommage ce que Amadou Ali a déclaré. Dans un pays normal, il devrait démissionner rapidement. Haman Garga Adji est sorti juste parce que les autres se sont tous retirés. J’avais prédit sa sortie. C’est un homme de principe qui avait décidé de ne plus travailler dans ces conditions. C’est aussi pour manifester son refus de ce qui semble se tramer entre le Nord et le Sud. Il avait démissionné comme ministre et c’était une grande première au Cameroun. Ne peut devenir président du Cameroun que celui qui est élu par la majorité du peuple, de toutes les régions. On peut aussi alterner entre un président francophone et un président anglophone.

Paul Biya va engager un autre mandat de sept ans. Comment faire pour qu’il ne soit pas un autre calvaire pour les Camerounais et qu’il y ait moins d’injustice?

Le tribalisme est constitutionnalisé. Le problème d’allogènes et d’autochtones est inquiétant dans notre pays. Comme on dit en anglais, “the right person at the right place ». Ce pays a besoin de nous tous. Je pense que quel que soit le régime, nous devons préserver la cohésion nationale. Il y a une chose que Paul Biya avait dit quand je l’ai rencontré à Maroua, que chaque Camerounais se sente bien chez lui. Avec cette affaire d’allogènes et d’autochtones, c’est à mon avis une constitutionnalisation du tribalisme.

J’aimerais voir un jour quelqu’un issu d’une autre région être délégué du gouvernement à Yaoundé ou à Douala. Pour le moment, c’est impossible. Je n’ai rien contre les délégués actuels, mais je dis déjà qu’on pourrait bien les nommer pour qu’ils développent d’autres régions. J’ai déjà eu à discuter de ce problème entre autres avec Paul Biya quand j’étais Archevêque à Maroua. Je lui ai dit : «Monsieur le président, je crois que les routes sont très importantes pour notre pays pour que les Camerounais puissent circuler du Nord à l’Ouest sans problème». Le chef de l’Etat m’a fait croire que l’axe Yaoundé-Douala devait être une autoroute.

Finalement, on nous a trompés et c’est pareil comme les autres routes. On a utilisé la même somme pour faire ce qu’on observe aujourd’hui. Cet axe est malheureusement devenu un cimetière pour les usagers avec des morts à tout moment. Ce n’est pas normal pour un chef d’Etat.

Il faut que les ministres aient le courage pour initier des choses. Le Président ne peut pas tout faire. Il est fatigué et il n’est pas un Dieu. Il faut davantage responsabiliser les ministres et que ces ministres soient à la hauteur des taches à eux confiées. Il faut qu’il ait le temps pour recevoir ses ministres. Parler individuellement avec les ministres en dehors des conseils de cabinet. Avec des comptes rendus permanents. Le chef de l’Etat a annoncé les grandes réalisations pour l’année prochaine. Il ne faudrait pas que cela soit encore un leurre pour les Camerounais. Il faudrait que lui même aille de temps en temps voir ce qui se passe sur le terrain et qu’il ne se confine pas dans son palais pour se faire tromper alors que rien se fait sur le terrain.

Avez-vous l’intention de le rencontrer au lendemain de sa prochaine prestation de serment?

Oui, j’y pense sincèrement. Je pense qu’on aura l’occasion de discuter de tous ces aspects qui rendent la vie des Camerounais plus misérables. Je lui dirai ce que je pense de ce pays. Même si j’ai eu à dire que si j’étais à sa place je ne me représenterai plus c’était pour lui signifier qu’à un certain âge il faut savoir quitter les choses. C’est la vérité, mais j’en discuterai avec lui.

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