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Cameroun/Mathias Owona Nguini: « Fru Ndi s’est compromis et le système l’a définitivement absorbé »

Posté par sdu le 12 avril 2013

Jean Nkuété, le secrétaire général du Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc)  a présidé mercredi dernier à Bandjoun, une réunion au cours de laquelle il a invité les conseillers municipaux de son parti à voter pour le Social democratic front (Sdf) le 14 avril prochain. Entre temps, dans la région de l’Adamaoua où ses listes ont également été rejetées, le parti du flambeau instruit un vote blanc, sacrifiant ainsi son allié de toujours, l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp).

Cette décision de Paul Biya de soutenir ouvertement le principal parti d’opposition au Cameroun anime toutes les conversations. D’aucuns pensent que le parti au pouvoir a volontairement mal ficelé les dossiers des candidats aux sénatoriales à l’Ouest et dans l’Adamaoua pour permettre aux partis de l’opposition d’être représentés à la chambre haute et ainsi légitimer cette élection contestée, alors que d’autres soutiennent mordicus que c’est un simple fait du hasard.

Pour mieux comprendre les enjeux de cette relation mafieuse entre Ni John Fru Ndi et Paul Biya, nous sommes allés à la rencontre du Dr. Eric Mathias Owona Nguini. Politologue et enseignant à l’université de Yaoundé II à Soa, cet homme réputé pour sa liberté de ton est également chercheur à la Fondation Paul Ango Ela de Yaoundé. Il décrypte pour Le Messager la symbolique de cet acte politique, de même qu’il jette un regard sur le nouveau paysage politique du Cameroun au lendemain des sénatoriales du 14 avril 2013.

Comment peut-on comprendre l’alliance entre le Sdf et le Rdpc, lorsqu’on sait que l’un se réclame de la gauche et l’autre de la droite ?

La politique ne se joue pas toujours au niveau des affinités qui sont affichées. Elle peut également se mettre en œuvre à travers des transactions pragmatiques qui recouvrent d’autres intérêts que ceux proprement idéologiques. Au vue de l’évolution de la vie politique camerounaise de ces dernières années, il est manifeste qu’un courant de transactions s’est créé entre le Rassemblement démocratique du peuple camerounais et le Social democratic front.

On a pu le voir par exemple dans les échanges de bons procédés entre ces deux partis comme lorsque le Rdpc a envoyé une délégation au dernier congrès du Sdf. Et on sait également qu’il existe de bonnes relations entre plusieurs dirigeants des deux partis.

Pensez-vous que cette alliance puisse  survivre aux sénatoriales du 14 avril prochain ?

A priori, cette alliance est circonstancielle. Elle est liée à la structuration du rapport de forces au cours de ces élections sénatoriales qui font qu’avant même que le collège électoral ait voté, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais est quasiment assuré de sa victoire. Sauf à ne plus être un parti, il est assuré d’avoir une majorité absolue au sénat.

Cela peut donc lui permettre de réduire sa méfiance vis-à-vis d’une formation qui est traditionnellement concurrente. C’est-à-dire le Sdf. Et on voit que précisément pour légitimer un processus qui est apparu au moins initialement  comme controversé, en raison des conditions de convocation du collège électoral pour ces sénatoriales, le gouvernement a essayé en quelque sorte d’associer le chairman du Sdf à l’opération en engageant une transaction avec lui. Laquelle transaction a été la rencontre entre le président du Sdf et le ministre Bélinga Eboutou, directeur du cabinet civil agissant bien entendu pour le compte du président Biya.

Le Sdf à un moment donné était un parti très populaire. Est-ce qu’avec ce copinage avec le parti au pouvoir, le Sdf ne risque pas d’en sortir réduit à sa plus simple expression ?

Il est vrai que ce jeu qui relève de la real politik est un jeu qui peut comporter des risques. Puisqu’il peut venir alimenter un discours entretenu par les détracteurs du Sdf et de son chef. En s’efforçant à démontrer que le Sdf est aujourd’hui très ramolli et qu’il est complètement satellisé par le Rdpc. Par contre, du côté du Sdf, on peut présenter cette transaction comme l’expression d’une certaine maturité politique pratique qui impose au Social democratic front de transiger avec le Rdpc quand  les conditions l’obligent à le faire, sans pour autant que ce parti abandonne la perspective  d’obtenir l’alternance.

Peut-on maintenant affirmer sans risque de se tromper qu’un pacte existe entre les deux formations politiques ?

Il n’y a peut-être pas eu d’accords formels à cet effet. Mais on voit manifestement dans le déploiement d’un certain nombre des responsables des deux formations qu’il y a eu des transactions peu après la convocation des élections sénatoriales par le président de la République. C’est maintenant qu’on voit se déployer les conséquences de ces transactions-là qui font que le Rdpc dont les listes ont été disqualifiées appelle à voter le Sdf plutôt que l’Udc pour la région de l’Ouest.

Malgré cette transaction, le Sdf ne peut pas quand même avoir la majorité absolue  au sénat. Pourquoi se compromettre ainsi ?

Ce que vous présentez comme une compromission peut être plutôt présenté par le Sdf comme une politique du compromis. C’est-à-dire de la capacité pour les organisations politiques concurrentes à s’entendre sur certaines questions. Je crois que c’est l’expression de la contrainte de la politique de représentation qui oblige les formations quand elles peuvent, à avoir des représentants dans les institutions officielles pourvues par les élections.

En clair, le Sdf veut bien avoir une représentation au sénat. Il est vrai, cela a un coût politique, cela pourra être au dépens de l’image du Sdf comme étant un parti résolument engagé dans l’opposition face au Rdpc.

Mais, le même Rdpc a curieusement lâché son allié de toujours, l’Undp, dans la région de l’Adamaoua. Doit-on comprendre par là que le parti au pouvoir considère le parti de Bello Bouba comme une ancienne femme ayant déjà tout donné et le Sdf comme la nouvelle épouse ?

Non. Comme vous utilisez une image qui relève du registre de la séduction en polygamie, c’est peut-être que le mari qui est le Rdpc, sachant que l’Undp qui est l’ancienne femme lui sera toujours acquise même si elle boude par rapport à l’arrivée de la nouvelle, se consacre essentiellement à séduire la nouvelle, c’est-à-dire le Sdf. Mais on va voir s’il s’agit simplement d’une liaison ou si véritablement il y aura un contrat de mariage.

Au lendemain des sénatoriales du 14 avril et au regard de cette nouvelle alliance, quel sera selon vous le nouveau paysage politique camerounais ?

Ce qui est sûr, c’est que du point de vue de l’opinion publique, du point de vue du positionnement du Social democratic front dans l’espace public, il va être difficile à cette formation politique, sauf à agir de manière vigoureuse, à pouvoir continuer à se présenter comme organisation capable de pouvoir assurer une alternance politique face au Rdpc.

Le risque qu’il y a d’engager des transactions avec le régime, c’est qu’effectivement, les adversaires et les détracteurs du Sdf peuvent utiliser cette situation pour confirmer que le Sdf est devenu un parti de collaboration et n’est plus véritablement un parti d’opposition. Ce sera donc au chairman d’assumer cette situation et d’assumer les risques qu’elle comporte.

Ce copinage ne confirme-t-il pas finalement que les dossiers de candidature  du Rdpc dans les régions de l’Ouest et de l’Adamaoua auraient été volontairement mal confectionnés dans l’optique de cette entente?

Vous savez, la politique est très compliquée surtout quand on aborde le domaine des échanges de services et de bons procédés. Effectivement, le choix du Rdpc d’appuyer les listes Sdf à l’Ouest va venir poser un certain nombre de questions sur les cadres et les militants Rdpc de cette région.

Il est déjà assez surprenant que dans la confection des listes Rdpc à l’Ouest, on ait pu faire des erreurs ayant mené à la disqualification de la liste. Maintenant, le soutien apporté par le Rdpc au Sdf va faire que certains des cadres et militants du Rdpc à l’Ouest considèrent qu’en réalité ils ont été sacrifiés sur l’autel de la real politik.

Autrement dit, pour obtenir une légitimation de ce processus électoral sénatorial, leur champion politique a engagé une transaction avec le Sdf, transaction dans laquelle malheureusement, la liste Rdpc à l’Ouest a été offerte en holocauste.

Mais personnellement ne comprenez-vous pas la réaction de Ni John Fru Ndi, ce leader qui se bat dans l’opposition depuis une vingtaine d’années sans véritablement rien avoir de sérieux ?

La politique est un art très complexe. Et même lorsque vous êtes dans une posture de chef d’opposition, il peut arriver par rapport à vos intérêts que vous ayez à transiger avec le groupe politique et les champions politiques qui vous sont proposés. Rien ne dit que dans l’absolu, le chairman a abandonné la perspective d’obtenir l’alternance. Mais peut-être que dans sa posture stratégique, il introduit une tactique lui permettant d’endormir l’adversaire par de telles transactions.

Maintenant, le risque comme on l’a dit plus haut, c’est que cette tactique peut lui coûter politiquement parce qu’elle peut faire considérer effectivement qu’il s’est compromis et que le système l’a définitivement absorbé.

© Le Messager : Joseph Flavien KANKEU

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